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Vue à partir d’un angle d’un appartement du quatrième étage


Les appartements prolongent les préceptes de Lods visants à estomper les limitations structurelles des appartements. L’idée étant de proposer un lieu d’habitation largement ouvert sur l’extérieur.

Le logement est ainsi distribué autour d’un long couloir autour duquel toutes les pièces sont articulées. 



Des cloisons déplaçables à volonté

La pièce principale présente une ouverturesur la longueur de quatre panneaux.

Chaque «pièce de vie» jouit d’une fenêtre 

donnant sur l’environnement boisé

Présence d’un cellier

Illustration de Martin ETIENNE (« Les “Lods” à Rouen, la guerre du feu », Criticat, numéro 19 (2017)).

Illustration de Martin ETIENNE (« Les “Lods” à Rouen, la guerre du feu », Criticat, numéro 19 (2017)).

La cuisine est ouverte, ce qui est une nouveauté dans un logement social.

Chaque appartement est équipé d’un 

vaste placard placé le long du couloir central

LES PRINCIPES GEAI APPLIQUÉS JUSQU’À L’INTÉRIEUR

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‍Si les principes du procédé GEAI portant sur l’immeuble lui-même sont innovants prolongeant la trajectoire de la construction industrialisé de manière convaincante, les appartements que cet ensemble sont par bien des aspects révolutionnaires pour des logements «HLM». L’appartement est distribué autour d’un couloir/placard présentant de nombreux rangements. Cette décision a été motivée par la volonté de ne pas surcharger les plateaux par des meubles qui, à cette époque, étaient encore majoritairement constitué de bois massif.

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‍Ces logements sont pourvus de larges baies vitrées donnant tous évidemment sur l’extérieur du bâtiment: quatre vantaux pour le salon et deux pour les chambres pour les appartements de type F4. 

‍Ces baies sont protégés par des volets en aluminium coulissants isolés qui permettaient de couper la chaleur tout en laissant les fenêtres ouvertes lors d’éventuelles journées chaudes 

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‍La cuisine est ouverte sur le salon, une nouveauté pour l’époque. La tradition de la cuisine française historiquement séparée, voir éloignée, du reste des autres pièces pour des raisons de sécurité a vécue. Les pièces de vie (salon, salle à manger) donnent sur les baies vitrées alors que les pièces humides (coin cuisine, salle de bain) donnent sur l’escalier ce qui permet de réduire la propagation de l’humidité.

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‍Le sol est constitué de dalles de ciment de 4cm d’épaisseur de 90 X 60 cm. Ces dalles sont posées sur le treillis d’acier. Un sol souple de type linoléum est posés sur ces dalles de ciment. D’ailleurs ce revêtement sera rapidement marqué par ces dalles de ciment

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‍Enfin le plafond était constitué par des dalles de vermiculite de 60x60 cm.

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‍De chaque côté d’une baie vitré se trouve des vantaux procurant un chauffage à air pulsé. L’air de chaque appartement est en effet aspiré par des VMC placés dans le cellier (à côté de la salle de bains. Puis, celui-ci est réchauffé au sein des locaux techniques pour être ensuite réinjecté en repassant par les gaines de chauffage placés dans les planchers. Il s’agit donc d’un principe simple de circulation d’air chaud. La cadence de renouvellement est calculée à raison de deux fois et demie le volume de chaque pièce par heure. L’air était lui aspiré toutes les demi-heures.

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‍Selon les spécifications du système GEAI: 

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‍« Les calories sont amenées au bâtiment à l’aide de canalisa􏰀ons ayant leur origine dans une chaufferie centrale desservant toute la ZUP et au sujet de laquelle nous n’avons pas à intervenir. A l’aide de ces calories, l’air pris à l’extérieur est amené pour chaque bâtiment à une température de 20° dans une sta􏰀on de préchauffage située au rez-de-chaussée. Ainsi traité, il est ensuite amené par des caniveaux horizontaux et des gaines ver􏰀cales dans chacun des appartements ».

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‍Il est à noter que l’orientation de l’air est obtenue grâce à des chicanes prévues dans la canalisation d'amenée en amont de l'orifice de sortie de la bouche. Cette ‘orientation n’a pas été pensée en amont. Le prototype a servi pour tester les différentes configurations en utilisant un fumigène!

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‍Il a été décidé alors que l'air chaud sera propulsé sur les fenêtres sur lesquelles il rebondit pour ensuite se rabattre sur le plafond et ensuite cheminer vers les pièces sèches puis enfin les pièces de services. Ainsi, contrairement à ce qui avait été affirmé par les habitants, les odeurs de cuisine qui « embaumaient » l’immeuble n’étaient pas dues au système de chauffage mais bien à un problème d’isolation des planchers et des cloisons.

‍En revanche le chauffage, de par sa configuration, joua un rôle important dans les incendies qui frappèrent les « verre et acier ».

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‍Pour l’anecdote, l’installation pouvait également fonctionner en régime d’été par simple pulsaon d’air dans les logements et ainsi permettre d’une part un renouvellement de l’air intérieur mais également un rafraîchissement par ventilation des surfaces vitrées ensoleillées. Dans les faits, ce ne fut guère efficace comme en témoignèrent certains locataires.

UNE ÉVOLUTIVITÉ ASSUMÉE


Mais LA grande nouveauté de ce type de logement reste la possibilité de bouger «aisément» les cloisons intérieures. Ces cloisons amovibles à évidement tubulaires répondaient à la volonté de Marcel Lods de ne pas contraindre les occupants par la topographie des lieux.

Constitués de panneaux de particules plaqués d’acajou de 50 mm d’épaisseur, mesurant 241,50 cm de haut et de 90 cm de large, elles sont recouvertes dun revêtement intérieur de PVC vernis blanc.

Ces éléments sont assemblés dans le plan ver􏰀tical par rainures et fausses langue􏰁es, sans couvre-joint. Dans les angles, la fixati􏰀on est assurée par des équerres et des profils en contreplaqué moulé, tandis qu’au plafond une lisse en sapin entaillée permet de recevoir les équerres. Une bague en acajou clouée sur la lisse assure la finiti􏰀on. 

« C’est une architecture "adaptable" que nous avons l'impérieux devoir de créer aujourd'hui. Et pour elle, la construction légère, les éléments mobiles, les formes modifiables sont une nécessité absolue. Faut-il ajouter que ce ne sont pas les refends porteurs, soudés entre eux à jamais (il coûte plus cher de démolir du béton que de le faire),  qui vont permettre aux bâtiments de devenir  de  plus  en  plus  adaptables  ?  C'est  au  contraire,  les  plans  libres,  les  cloisons  mobiles,  les  façades  modifiables  qui  seront  la  règle  demain.   C'est  facile  avec  les  matériaux  nouveaux,  impossible  (sauf  à  quel  prix)  avec  les  matériaux  anciens."

Marcel Lods

A gauche, vue du plateau/étage avant pose des cloisons de séparation d’appartement. A droite: appartement aménagé (image publicitaire de 1970). Photographies de Michel Moch.

Étrangement , lOPHLM de Rouen n’a pas mis en place de politique d’information quant à l’évolutivité des appartements. Certains témoignent même du fait que le règlement OPHLM stipulaient de ne pas toucher aux cloisons même dans un but décoratif (recouvrement par peinture ou par papier-peint).

Certains des habitant n’ont appris la possibilité de modifier les cloisons qu’indirectement; soit par le biais d’autres occupants, soit lorsque les sociologues Monique et Raymond Fichelet menèrent une étude en 1973 et apprirent aux habitants cette possibilité!

« (…) Un Office d'HLM fait construire un ensemble de logements évolutifs, n'informe pas les futurs habitants des avantages que présente cette particularité, leur interdit certaines pratiques (laver les sols à grande eau, planter des clous dans les cloisons, fixer des appareils d'éclairage aux plafonds, etc.) sans pour autant leur expliquer ce qui dans la conception des bâtiments, implique au moins certaines de ces interdictions. L'Office prend de plus la précaution de « choisir » ceux qui lui paraissent le plus capables de conserver leur appartement en « bon état » (c'est-à-dire dans son état initial).

En fait, tout semble se passer comme si l'habitant n'était pas apte à savoir, comme si l'on savait mieux que lui ce qui est bon pour lui. En cela, on le réifie, même si c'est avec les meilleures intentions, et le fait que certains habitants de la Grand Mare se sentent flattés de certains aspects du traitement particulier qui est le leur (élitisme) n'y change rien.

Il faut cependant souligner que l'attitude originelle de l'Office d'HLM que nous venons d'évoquer semble avoir notablement évolué. Tous les habitants qui disent avoir demandé une autorisation de transformation (jusqu'à des modifications qui dépassent la seule flexibilité interne du logement : percement de portes de communication entre trois appartements mitoyens, par exemple) l'ont obtenue »

« Le logement évolutif », Raymond & Monique Michelet, 1973, Edition CERES

UNE FAÇADE TOTÉMIQUE

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‍La nouveauté (même au sein du parc privé), et d’ailleurs sans doute une des marques de reconnaissance visuelle de ces appartements, est la présence de vitres et volets qui coulissent totalement  à l’extérieur.  

‍Ces vantaux, réalisés en profilé extrudé d’alliage d’aluminium anodisé, lorsqu’ils sont totalement coulissés se retrouvent alors devant les panneaux pleins, garantissant de fait une ouverture la plus large possible. 

‍Les volets coulissants sont formés d’une tôle d’aluminium laquée ondulée montée sur châssis. Une mousse de néoprène évite toutes les vibrations, et donc le bruit, pouvant être provoqué par le vent. Le guidage est assuré par les glissières fixées en partie haute et basse des consoles, mais également par le chemin de roulement contenu dans la rambarde. 


De chaque côté d’une baie vitré se trouve des vantaux procurant un chauffage à air pulsé. L’air de chaque appartement est en effet aspiré par des VMC placés dans le cellier (à côté de la salle de bains), puis réchauffé au sein des locaux techniques et ensuite réinjectés en passant par les gaines de chauffage placés dans les planchers.  

Mis en place au moment de la pose des façades, il s’agit d’un système à air chaud pulsé permettant un réglage précis de la température dans chaque logement. Il est complété par un réseau d’extraction depuis les salles d’eau (cuisine, salle de bain, sanitaire) ce qui assure un volume d’air constant dans le logement. 


« Les calories sont amenées au bâtiment à l’aide de canalisations ayant leur origine dans une chaufferie centrale desservant toute la ZUP et au sujet de laquelle nous n’avons pas à intervenir. A l’aide de ces calories, l’air pris à l’extérieur est amené pour chaque bâ􏰀ment à une température de 20° dans une sta􏰀on de préchauffage située au rez-de-chaussée. Ainsi traité, il est ensuite amené par des caniveaux horizontaux et des gaines ver􏰀cales dans chacun des appartements ».  »


L’installation peut également fonctionner en régime d’été par simple pulsation d’air dans les logements et ainsi permettre d’une part un renouvellement de l’air intérieur mais également un rafraîchissement par ventilation des surfaces vitrées ensoleillées. 

Un exemple d’aménagement d’un appartement filmé en 1971.

UN SYSTÈME DE CHAUFFAGE INNOVANT

Néanmoins, le CRAU en 1973 releva un taux d’insatisfaction certain auprès des premiers locataires. Entre 1970 et 1973, près de 21% des habitants fut renouvelé. Il était noté que certains défauts devenait rhédibitoires à l’usage.

Ainsi, la propagation des odeurs, des bruits ou la présence de cuisines ouvertes de taille modeste créèrent des mécontents parmi les familles les plus « traditionnelles ». Les problèmes d’équipement et de transport ont certainement joués un rôle non négligeable dans ce turn over.

Une habitante:

«􏰀.... Au niveau de l’intérieur ce qui me plaisait c’était l’espace, bon la cuisine, je m’en fichais, on était trois avec mes filles, il me fallait de l’espace, et je crois que c‘était de l’espace de l’extérieur, les grandes baies, que j’aime bien, c’est surtout ça que je voulais, je viens d’à côté de Deauville, comme à la campagne, moi je veux de l’espace, de l’air... donc j’ai trouvé l’espace, avec l’inconvénient􏰀: une grande tour devant d’immeuble et c’est vrai, j’ai eu du mal à m’habituer, j’avais pas l’habitude de fermer mes fenêtres, même si après on s’y fait, mais avant pas moyen, même en fermant les volets »

Cité dans « Contre les démolitions, la patrimonialisation d’un savoir-habitant ? » de Sabine Dupuy,  Laboratoire REV université Paris-Val-de-Marne


Une habitante depuis 1969:

« J’adorais ces immeubles, c’était très convivial; je n’ai jamais vu ça ailleurs, des placards partout, les murs se lessivent, le sol reste impeccable, le bois c’est chaud, on a des arbres, de la pelouse, pas beaucoup de circulation, des aires de jeux ».


Annick Dion, habitante du plot 25 au 26, rue Jean-Philippe Rameau entre avril 1972 et décembre 1978:

« Je garde un très bon souvenir de cet appartement dans les "verres et acier" de la Grand-Mare. Mon mari et moi avions obtenu un F4 au 1er étage un mois avant notre mariage (22/04/1972). Appartement spacieux, lumineux, 3 chambres sont une chambre avec cloison amovible permettant d'en faire un salon, cuisine ouverte, beaucoup de placards de rangement. Le seul inconvénient, notre appartement était situé au-dessus de l'entrée donc l'hiver il ne faisait pas chaud. Extérieurement, le terrain était aménagé de jeux pour les enfants et des surfaces pour jouer à la pétanque. Un très beau centre commercial à proximité (Médecin, dentiste, pharmacie, boulangerie, poissonnerie, charcuterie, boucherie, banques, droguerie, magasin d'habillements, bars …). »