Des images du chantier
Le programme des Lods prévoit dès l’origine 500 logements (soient 100 logements de type F3, 312 logements de type F4 et 88 logements de type F5). Ces logements furent répartis en 25 plots de 20 logements). Les plots, eux-mêmes, furent regroupés en quatre « îlots » articulés autour d’une place centrale.
La répartition de ces « communautés » (terme utilisé dans les présentations de l’office HLM) fut volontairement hétérogène: 9 plots isolés, 2 groupes de 2 plots et 3 groupes de 4 plots). Chaque îlot était identifiés par une peinture différente attribuée au hall du rez-de-chaussée.
Plan masse des Lods tel que décrit dans les plans originaux. Cliquer sur l’image pour découvrir la numérotation des plots.
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Le terrain de la Grand’Mare présentait à cet endroit un visage accidenté et assez meuble (ce qui fut pour ce dernier facteur décisif dans le choix d’immeubles de type Lods). Fin 1968, le terrain sera donc décapé puis nivelé.
La mise en place des fondations sera la seule partie du chantier qui s’apparentera à un chantier de BTP classique. Et encore, ne s’agira-t-il que de de mettre en place huit pieux battus de type « système Muller »: soit 8 fut creux en acier de 21,9cm de diamètre qui seront remplis de béton.
À ces pieux, s’ajouterons trente-cinq dés de béton (qui serviront de base aux poteaux intermédiaires et de façade). Enfin, une semelle de béton maigre servira de support aux « murs » du rez-de-chaussée.
En tout, l’apport du béton sera de l’ordre du cinquième de ce que requérait les bâtiments d’habitation classiques de cette époque. En tout, le poids des bâtiments GEAI ne représente qu’un quart des bâtiments courants. À ce stade, la construction de l’immeuble peut alors commencer.
Pose d’un pieu. Ce sera la seule fois qu’un engin de chantier « classique » sera utilisé sur ce chantier.
Le « montage » peut alors commencer: huit poteaux en acier Corten de 15 mètres de long sont implantés tous les 3,60m. L’utilisation du type d’acier Corten s’explique par le fait que son oxydation s’arrête très rapidement. Une couche d’oxydation protectrice se forme très vite. Cela implique que la charpente métallique ne soit pas peinte.
En dehors de huit poteaux, L’immeuble est monté sur pilotis 7 en longueur et 4 en largeur. Le montage se fait d’abord par les éléments verticaux, qui joue le rôle d’haubans pour les éléments horizontaux que sont les planchers.
De gauche à droite: montage des structures verticales. Puis pose des planchers avec garde-corps. Enfin, intégration des éléments de l’appartement.
Les planchers représentent l’élément le plus innovants du procédé GEAI. Ceux-ci deviennent en effet les éléments structurels principaux de l’immeuble. Ils sont constitués en un treillis multidimensionnel, en acier Corten réalisés à partir de deux trames orthogonales de poutres treillis soudées (1,20 x 1,20 m). L’ensemble forme des éléments de 2,40 x 3,60m qui soudés constituent un plancher entier.
Ces planchers sont conçus comme des nappes d’une même structure (plancher-plafond-mur) capables de recevoir les charges verticales mais également de transmettre les efforts horizontaux, C’est un élément important pour une structure légère en acier soumise à des contraintes thermiques et anémométrique importantes. L’autre avantage de ces planchers creux est de permettent de faire passer toutes les gaines de ventilation ainsi que tous les cables électriques.
Les quatre façades extérieures du plancher (celles dirigées à l’extérieur du bâtiment) sont recouvertes d’une tôle de 3,60m de long d’aluminium laquée de couleur grise. Une feuille de polystyrène collée sur sa face interne assure l’isolation thermique.
Sur ce bandeau sont fixées par l’intermédiaire d’une pièce de fixation et de quatre goujons, les consoles. Ces dernières, en alliage d’aluminium coulées et laissées brute de fonderie, assurent l’accrochage de la rambarde, des glissières hautes et basses des portes-fenêtres et aussi des volets.
La rambarde, en profilé Duralinox oxydé anonidiquement, couvre le chemin de roulement des volets et le barreaudage en profilé tubulaire d’alliage d’aluminium de section rectangulaire.
À gauche: structuration d’un plancher. À droite: un plot avec tous les planchers posés (avant intégration des éléments de façade)
L’étanchéité des planchers et des plafonds est assurée dès la pose du dernier plancher par la mise en place de plaques de vermiculite pour le plafond et de dalles de béton léger pour le sol. La disposition de ces plaques répond à un système d’attache par agrafes créé spécifiquement pour le « procédé GEAI ».
Ces dalles de sol de 90 x 60 x 4 cm sont en réalité un assemblage d’une couche de 3cm d’épaisseur en granulats d’argile expansé avec du ciment armé par une nappe soudée de fil d’acier, recouverte par une couche épaisse de 1cm en granulats de comblanchien-ciment blanc qui assure une surface d’usure.
Simultanément, les ouvriers pose la couverture de l’immeuble. il s’agit d’une couverture dite « plate », avec un décalage de 2cm entre le point le plus haut et le point le bas. La faible pente ainsi mise en place est orientée vers un chéneau qui amène au centre de la toiture où plonge deux descentes d’eau pluviale.
La couverture est constituée de bacs d’aciers de 90cm de large en tôle d’alliage d’aluminium, fixés sur des traverses de bois par l’intermédiaire de gaines filetées spéciales.
Les bacs reposent sur 75mm de laine de verre qui constituent l’isolation thermique et phonique de la toiture.
À ce stade de l’opération, les éléments seront posés de l’intérieur. Un angle de l’immeuble restant ouvert pendant ces opérations pour permettre à la grue de passer les éléments depuis l’extérieur.
Un angle est dégagé en vue de l’installation des éléments intérieurs.
Une grue se charge d’amener les éléments aux ouvriers
Une grue se charge d’amener les éléments aux ouvriers
Le grutier fournit les façades pour fermer l’immeuble.
Reportage sur le chantier de la Grand Mare diffusé sur FR3 Normandie en 1970
Les ouvriers se chargent de réceptionner et de monter les éléments apportés par la grue. Quatre équipes d’ouvrier (un par étage) travaillent simultanément, ce qui permet de réduire fortement les délais de livraison des plots. Trois éléments doivent alors être posés: les façades d’aluminium, les portes-fenêtres et les volets.
Les panneaux métalliques de façade représentent l’élément le plus important lors de la pose des éléments horizontaux externes. Ces panneaux étanches de près de 2,50m de hauteur sont construits à partir d’une tôle d’aluminium laquée de 750mm d’épaisseur. A l’intérieur, une plaque collée de particule de bois 10mm, renforcée par un panneau de PVC. La colle est constituée de plusieurs couches de polyester réhaussées de 40mm de mousse phénolique afin de proposer une isolation thermique importante.
Les volets coulissants sont formés d’une tôle d’aluminium laquée ondulée montée sur châssis. Une mousse de néoprène évite toutes les vibrations pouvant être provoqué par le vent (phénomène relevé sur le prototype d’Aubervilliers).
Le guidage est assuré par les glissières fixées en pare haute et basse des consoles, mais également par le chemin de roulement contenu dans la rambarde.
Les fenêtres et leurs encadrements sont également une nouveauté: elles sont composées de deux vantaux en aluminium anodisé (en profil extrudé). Coulissant à l’extérieur (ce qui sera unique pour ce modèle d’immeuble Lods), ils se retrouvent alors alignés dans leur pus large ouverture devant les panneaux.
Coupe longitudinale des positions de fenêtres
L’encadrement de chaque baie vitrée propose une buse de chauffage soufflant, ce qui est unique dans les logements de type HLM de ce début des années 70.
Il s’agit d’un système de ventilation profitant des nombreuses gaines d’aération visant à récupérer l’air présent dans les pièces humides (salle de bains, cuisine) en l’aspirant puis en le chauffant par compression pour le réinjecter au niveau des encadrements de fenêtres
Schéma technique montrant la répartition calorifique de l’isolant
Également novateur: l’utilisation d’isolant de vitrage Tégé © qui est un procédé créé par St-Gobain permettant de souder électriquement deux feuillages de verre sur les quatre bords tout en gardant à l’intérieur de l’air servant de facto d’isolant. Ce procédé permet de réduire de près de 40% les déperditions calorifiques (selon la brochure de l’époque).Il s
De gauche à droite: pose des plafonds, des cloisons et des planchers.
Les étapes du chantier filmées entre 1969 et 1970 (compilation).
Le projet de Rouen fait l’objet de nombreux articles dans la presse spécialisée (architecture, urbanisme …) mais également dans la presse généraliste.
En témoigne cet article publié dans le numéro 1124 du magazine « Elle » du 26 mai 1969 :
« Le prix du mètre carré bâti français est le plus élevé d’Europe. Dans ce prix, la construction proprement dite n’entre que pour 35 à 50 %. Le VIème plan prévoit 185.000 à 200.000 logements H.L.M. par an, il en faudrait 250.000 pour satisfaire les familles inscrites sur les listes d’attente.
Qui se passionne vraiment pour l’architecture ? Quelques illuminés relégués dans leur tour d’ivoire. Qui s’occupe de bâtir ? Les financiers qui spéculent, les promoteurs qui rentabilisent, l’administration qui accumule des règlements. Les architectes quand on fait appel à eux (ce qui n’est pas le cas pour 90 % des constructions), font ce qu’ils peuvent ; mais à force d’attendre, de se battre, de tirer sur les prix, de subir les règlements, les préjugés, les compromis, ils oublient pourquoi et pour qui Ils conçoivent des maisons.
Quant au public, mal informé, acculé par la nécessité de se loger, il prend ce qu’on lui « offre ». Nul ne lui demande son avis. Il paie, il emménage, il installe sa petite famille, il essaie de s’adapter, il arrive même qu’il soit content.
Supposons que les voitures soient fabriquées à la main par des forgerons et des artisans mécaniciens : elles seraient inaccessibles au plus grand nombre. C’est pourquoi on les fait en série dans des usines bien équipées. Le bâtiment, lui. en est encore à l’âge de la pierre taillée. Chaque chantier, traitant lui-même le matériau brut ou de préfabrication rudimentaire, mobilise une lourde main-d’œuvre.
Les délais sont trop longs, les prix de revient trop élevés. Le mythe du matériau lourd a la vie dure. La reconstruction bâclée des années 50 en style néo-régional, l’édification démentielle des villes-champignons en style néo-contemporain n’ont pas encore suffi à démontrer que la solution à la crise du logement n’était pas là Jadis, un maître d’œuvre suivait son travail de A à Z. Il faisait une architecture artisanale qui correspondait aux goûts et aux besoins des utilisateurs 'Je son époque. Aujourd’hui, l’ampleur des chantiers a instauré par la force des choses une division du travail en faisant appel à de multiples corps de métier, mais il n'y a plus de chef d'orchestre ; c’est la cacophonie. Chacun apporte ses petites conceptions personnelles, ses modèles, ses manies. Le bâtiment ne pourra faire face à ses obligations qu'en appliquant les méthodes utilisées depuis longtemps dans l’industrie: études longues, prototypes successifs, outillage précis, emploi de matières premières adaptées aux machines, économie de main-d’œuvre.
Cette idée, Gropius, Le Corbusier, Prouvé, bien d’autres l’avaient eue avant la guerre, mais c’est seulement en 1962 qu'en France un groupe d’architectes, Lods. Depondt, Beauclair, s’allient avec les industries Saint-Gobain, Péchiney-Saint-Gobain. O.T.U.A., l’Aluminium Français pour fonder le G.E.A.I. « Groupement pour l’Etude d’une Architecture Industrialisée ». D’abord bureau de recherche où les architectes apportent leur imagination et les industriels leur technique, le G.E.A.I. débouche sur un procédé de construction consistant à fabriquer en usine toutes les structures en acier, aluminium et glace, à les assembler sur le chantier et à les monter ensuite, comme un Meccano, pour former des maisons.
Le prix de revient n’est plus que de 15 % du prix total (au lieu des 35 à 50 % habituels) et il pourrait baisser encore en fonction des séries commandées, car plus on fabrique et moins c’est cher sans que la qualité n’en souffre. Et cela tout en laissant à l’architecte une grande liberté dans la manière d’assembler ces pièces en fonction du paysage. du climat et de la demande : de l’immeuble de six étages à la maison individuelle extensible, tout est possible, la monotonie bannie, la souplesse totale. Le procédé intéressa beaucoup M. Guichard, alors responsable de l’Aménagement du Territoire. En 1966, lors de sa visite au prototype édifié à Aubervilliers, M. Pisani, ministre de la Construction, séduit, lance le défi : « Si, avec 500 logements, vous pouvez respecter les prix-plafonds.
si vous trouvez un maître d’œuvre et un terrain quelque part en France, je suis prêt à financer l’opération. »
La préfecture de Rouen propose une partie des terrains de la Z.U.P. des Sapins, La Grande-Mare. L’Office public des H.L.M. de Rouen, dirigé par M. Duval, se propose comme promoteur, l’opération est lancée, le chantier démarre en mars 1968. C’est ainsi qu’un an plus tard surgissait d’une colline normande une H.L.M. pas comme les autres : 25 immeubles lumineux, 500 appartements à loyers modérés, spacieux, silencieux, inondés de soleil, bien isolés, bien ventilés, intelligemment chauffés, offrant un confort que l’on ne rencontre même pas dans les immeubles dits de « grand standing ».
Il arrive donc, quelquefois, que des hommes de bonne volonté réalisent ensemble une grande idée. Mais l’heureuse conjoncture ne s’arrête pas là, l’expérience ne fait que commencer »
Plan de coupe d’un plot (1970)
RESUMÉ DES CARACTÉRISTIQUES DES IMMEUBLES LODS
LISTE DES MATERIAUX UTILISÉS
Terrassement & pieux :
Semelles et dallages:
Planchers:
Couverture:
Escalier:
Vitrages:
Façades:
Dalles de sol:
Dalles de plafonds:
Cloisons de séparation:
Plomberie, sanitaire:
Ventilation et chauffage:
Electricité:
Vitrerie:
Trindel-Pieux (Paris)
La Construction Normande (Grand-Quevilly)
C.F.EM (Paris)
M. Thommeret & Fils (Aubin-lès-Elbeuf)
Société Anonyme Trougounat (Vaujours)
Ateliers de construction préfabriqués (Paris)
Diem (Paris)
Béton Silvex (Tinqueux)
La Vermiculite et la Perlite (Nanterre)
Sopaland (Paris)
Tunzini (Paris)
Tunzini (Paris)
Saunier-Duval (Paris)
Miroiterie Bret (Paris)